J’aime bien connaître le visage des ancêtres dont je raconte la vie.
Je n’ai pas de photo ?
Je trouve un tableau !
Tous les vendredis, une nouvelle œuvre et de nouvelles histoires d’ancêtres à découvrir !
Marie Adèle Mellet, épouse Agogué, 41 ans, avait emmené son dernier né près d’elle, le temps de faire la lessive. Il est possible que son benjamin Marcel Henri l’y ait aidé, avant de rentrer dans leur maison à plusieurs centaines de mètres de là. (Je n’ai pas d’indication sur une éventuelle attaque d’oies mais les autres détails sont racontés par « la Dépêche du Berry » du 5 octobre 1911)
Tout à coup, le berceau du bébé Georges glissa dans le ruisseau. Sa mère se précipita pour le sauver, mais même à faible profondeur, ses jupes gorgées d’eau la maintinrent prisonnière de l’eau froide. Ses quatre enfants plus âgés, inquiets de ne les voir revenir, trouvèrent leurs deux cadavres quelques heures plus tard…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Cette « Lavandière » de Jean François Millet (1814-1875) a été composée en 1860 alors qu’il développait son intérêt pour le travail paysan, à travers des scènes rurales aussi lumineuses que poétiques. Il devient ainsi l’un des plus célèbres peintres de scènes de genre du XIXe siècle, glorifiant l’esthétique de la paysannerie tout en restant réaliste quant à la dureté du labeur féminin. Cette aquarelle aux couleurs à peine esquissées est actuellement exposée au Musée des Beaux-Arts de Reims
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui a lavé son linge sale en famille ?
Marie Perrine, 53 ans, est la belle-mère de Jean Marie, 31 ans. Ce n’est pas leur premier chapardage ensemble puisque l’année précédente, ils avaient déjà été condamnés tous les deux pour avoir volé des poulets.
Le fermier ayant lâché les chiens sur les chapardeurs, Marie Perrine eut l’immense couardise de s’enfuir dans la nuit pour laisser son beau-fils rendre honteusement les rutabagas dérobés. Bel exemple d’éducation ! (non.)
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… George William Russell (1867-1935), était un écrivain, éditeur, critique, poète, peintre et nationaliste irlandais. « L’Aube de la Nouvelle République » est très différent de ses habituels paysages oniriques : Ici, c’est le début d’un jour nouveau dans la campagne irlandaise. La femme désigne le soleil se levant sur la mer. L’homme à ses côtés s’avance résolument. Leurs postures dégagent une dynamique commune, et ils ne font presque plus qu’un. La scène exprime la détermination, l’attente, l’espoir et la résolution. (ou l’appétit pour les rutabagas. Chacun son interprétation). Cette huile sur toile est actuellement à vendre et est estimée à partir de 5000 euros chez De Veres
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui était criminel de légumes ?
Alice, 8 ans, et Cécile, 6 ans, étaient les deux petites dernières de leur fratrie. Elles jouaient innocemment près de la charrette de paille que le reste de leur famille moissonnaient. Comme le précise le journal « La Dépêche » du 7 septembre 1924, il semble qu’elles aient eu l’idée de se suspendre aux extrémités de la voiture à cheval, qui a alors basculé son lourd chargement sur leurs corps frêles d’enfants…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Helen Allingham (1848 -1926) était une artiste britannique, comme plusieurs femmes de sa famille dont le talent a été reconnu, chose rare durant l’époque victorienne ! Même Vincent Van Gogh fut impressionné par son travail. Elle a d’abord travaillé comme illustratrice avant de se consacrer pleinement à des aquarelles très détaillées aux couleurs douces, comme ce « Past work » qui appartient actuellement à une collection privée.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui est mort de ses jeux d’enfants ?
Magdeleine Pandellé et sa fille ont déjà connu beaucoup de malheurs : Leur et mari et père est décédé juste avant la naissance de Fernande, et deux des fils et frères sont morts dans les tranchées.
Comme beaucoup d’autres dans une France appauvrie par la Guerre, elles vivent comme elles peuvent et étaient avant tout sorties chercher du bois en prévision de l’hiver. Les champignons étaient un luxe bienvenu. Hélas, les palomets ressemblent beaucoup aux amanites phalloïdes, et c’est le journal « La Gironde » du 16 septembre 1921 qui donnera les terribles détails de leur lente agonie…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Theodor Hörmann von Hörbach (1840-1895) était un peintre paysagiste autrichien. Il découvre le mouvement impressionniste à Paris et en revient émerveillé pour exceller dans l’art de représenter les arbres et les forêts, toujours d’après nature. Ses couleurs vives furent peu appréciées de ses contemporains et il ne commença à obtenir de la reconnaissance qu’après son décès. Cet « Intérieur de forêt avec femmes à la recherche de champignons » (dont le titre est perfectible) est actuellement exposé au #belvederemuseum de Vienne
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui s’est auto empoisonné ?
Augustin Victor Nigot (c’est son vrai nom. Il le porte bien.) a 24 ans et vient d’annoncer à Justine Peraut qu’il ne l’épousera pas, même si elle porte son enfant. Ils étaient instituteur et institutrice adjoint.e et avaient une liaison depuis le mois de mars, comme le raconte « l’Anjou » du 9 juillet 1892. Une femme enceinte non mariée aurait perdu son emploi et été mise au ban du village, qu’aurait-elle pu faire ? (c’est une question rhétorique : on ne tire pas sur les gens.)
Après la mort de Justine, Augustin Victor (qui était en réalité blond aux yeux bleus) va perdre son exemption de devoir militaire et commencera son service quatre mois plus tard, ses blessures étant probablement plus superficielles qu’annoncées ici. Il va se marier à 35 ans, avec une demoiselle de 15 ans sa cadette. Je me demande s’il lui a raconté son passé ou s’il a menti au sujet de ses cicatrices de pistolet…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Belmiro de Almeida (1858–1935) est un peintre, illustrateur, sculpteur et caricaturiste brésilien, qui a beaucoup voyagé entre la France et l’Amérique du Sud.
« Arrufos », composée en 1887, est son œuvre la plus célèbre et est actuellement exposé au Musée des Beaux-Arts de Rio de Janeiro. Elle compte parmi les premières œuvres brésiliennes à rompre avec la tradition des peintures historiques et des images sacrées. La peinture est harmonieuse, avec des lignes fermes et une composition précise, d’une netteté plus fine que le pointillisme ou l’impressionnisme de ses tableaux précédents.
C’était les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui a vécu trop près d’un pistolet ?
En 1903, Marie Besnier, 66 ans, et son époux Louis Brault, 73 ans, sont en train de faucher les blés sur leurs terres en Mayenne. Hélas, Marie va tomber sur la lame aiguisée et s’ouvrir complètement la jambe ! Elle sera immobilisée jusqu’à après la fin des récoltes. Heureusement, ils peuvent compter sur leur fils adulte, homonyme de son papa.
Trois ans plus tard, à la même époque des moissons, celui-ci recevra une contravention de la police des charrettes (sûrement une histoire de foin qui déborde).
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞…Ivan Grohar (1867-1911) est un peintre impressionniste carniolien, dans l’actuelle Slovénie. Il manifesta très tôt un intérêt pour la peinture, mais la pauvreté de sa famille ne permit pas à son talent de s’épanouir avant plusieurs bourses d’étude et beaucoup de travail. Son style typiquement impressionniste est reconnaissable à ses paysages pâles et ses aplats de couleurs subtiles proches du pointillisme. Ce « Žetev II » (moissons) est une huile sur toile actuellement exposée dans le splendide château qui abrite le Škofja Loka Museum.
C’était les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui a connu les petits problèmes d’une existence paysanne ?
En 1854, Élisabeth Lemaire a 26 ans. Elle est domestique et non mariée, et enceinte. Avorter aurait été risqué, autant d’un point de vue médical que légal. La solution la plus simple aurait été d’accoucher (ce qu’elle a fait) et de remettre le nourrisson à des religieuses (ce qu’elle n’a PAS fait).
Non, au lieu de déposer le bébé dans un orphelinat, elle l’a… assassiné.
Pire, elle l’a jeté VIVANT avec la pitance des cochons, dans la porcherie de sa sœur.
C’est le voisin, qui a entendu des cris de bébé puis des bruits de mastication très reconnaissables, qui s’est hissé sur son arrosoir pour passer la tête au-dessus de la clôture et voir Élisabeth et son beau-frère revenir en hâte vers la maison, les mains vides.
Le témoignage du voisin va achever de l’accabler. Élisabeth sera condamnée à 15 ans de travaux forcés. Elle finira prématurément sa vie au bagne de Cayenne. La sœur et le beau-frère ? Reconnus innocents.
Ce bébé n’aura jamais eu de prénom ni d’existence légale. Ce sont divers articles de presses et notamment « le Courrier de la Moselle » du 8 mars 1855 qui m’ont permis de découvrir qu’il avait (brièvement) vécu
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres, d’autres infanticides ?
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… George Morland (1763-1804) avait un papa peintre qui a très tôt reconnu son talent. Il commence par accomplir des commandes à base de paysages britannique. Puis il compose des centaines d’œuvres sur les sujets qui l’entourent : scènes rustiques, fermes et chasses, familles paysannes, inspirés par la peinture de l’Age d’Or Hollandais. Il est notamment très doué pour représenter les animaux, comme on peut le voir ici à la soie délicate de ces « Pigs and piglets eating cabbage leaves ». Cette huile sur toile appartient à une collection privée et ne raconte qu’une paisible scène campagne, mais il m’a été facile d’interpréter le vêtement blanc de la dame pour y voir un bébé emmaillotté
En juillet 1906, Joseph Marie Louis Deslandes et son épouse Louise Eugénie Coquereau étaient occupés à moissonner leurs champs dans les Deux-Sèvres. Ils avaient laissé leurs trois plus jeunes fils à la garde de Joséphine Baptistine dite Juliette, à peine âgée de huit ans. Très impliquée, celle-ci décida de cuisiner des œufs pour ses petits frères, mais quand elle s’approcha du foyer, le bord de sa jupe commença à s’enflammer !
Terrifié, Louis couru de toute la force de ses quatre ans chercher leurs parents, à 500 mètres de là. Quand ils revinrent à la ferme, Juliette n’était plus qu’un cadavre carbonisé…
Les funérailles eurent lieu au village d’origine des parents désespérés, et une foule nombreuse y assista pour les soutenir dans leur deuil, comme le relate La Gazette de Château-Gontier du 5 août 1906.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞…… Gaetano Chierici (1838 – 1920), est un artiste peintre italien principalement influencé par le mouvement néo-classique. Il s’est spécialisé dans les scènes de genre amusantes et pleines d’amour, et ses personnages d’enfants ont une vivacité remarquable. Contrairement à cette huile sur toile parfois intitulée « Joie de l’enfance », ses peintures comportent très souvent des chatons mignons ou des bébés animaux duveteux qui s’amusent avec des enfants très expressifs. Cette œuvre date de 1878 (soit un peu avant la terrible mort de Juliette) mais les costumes et le décor sont pertinents pour une ferme française prospère du début XXe. La peinture appartient actuellement à une collection privée.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Par une paisible soirée de septembre 1900, Louis Paulin Molandre, 66 ans, et son épouse Hyacinthe Palmyre Dequenne, 58 ans, se promenaient agréablement dans les rues de Châlons-sur-Marne (qui deviendra plus tard Châlons-en-Champagne.) Tout à coup, deux soldats de la caserne voisine surgirent de l’ombre et leur demandèrent l’heure qu’il était. Pendant que M. Molandre sortait sa montre de gousset, les deux conscrits se jetèrent sur lui et commencèrent à le tabasser. Ils se précipitèrent ensuite sur son épouse et la poignardèrent au visage avec leurs sabre-baïonnette avant de tenter de la vioIer. C’est l’arrivée d’un sous-officier à bicyclette qui les mirent en fuite. Ils retournèrent promptement à leurs quartiers mais furent vite repéré à leurs uniformes ensanglantés et mis en cellule.
Les blessures de Hyacinthe Palmyre furent très graves : visage méconnaissable, poignet cassé et presque borgne. Cette double tentative d’assassinat a beaucoup choqué et plusieurs quotidiens détaillèrent ce récit, dont le Petit Journal du 11 septembre 1900.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Jakub Schikaneder (1855-1924) est un artiste tchèque reconnaissable à ses compositions mélancoliques qui mettent en scène des silhouettes solitaires qui déambulent avec lenteur. Il peint souvent des figures anonymes de dos, dans des extérieurs tranquilles sous la terne pénombre de l’automne hiver. Ce « coin de rue de Prague » est une huile sur toile qui a d’abord appartenu au maire de Prague de l’époque, puis qui est restée dans la collection privée de sa descendance.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? D’autres tentatives de meurtres ?
Un doux soir de mai 1914, Jean Louis Philomène Prigent, marin retraité de 57 ans, rentrait chez lui ivre comme à son habitude. Il commença aussitôt à crier et frapper son épouse Joséphine, 66 ans. Elle se défendit en le poussant si brutalement qu’il tomba sur un coin de marmite et s’entailla le crâne. Il resta alité les jours suivants et mourut au bout d’une semaine
Finalement, l’autopsie révélera que c’est la hernie dont il souffrait depuis longtemps qui causa son décès et non sa violente chute. Joséphine ne fut donc pas condamnée pour meurtre et put continuer librement sa vie dans le charmant hameau de la Cour Beau-Soleil, comme le conclura le journal l’Ouest-Éclair du 14 mai 1914.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Jean-Louis Forain (1852-1931) a été décrit comme le plus jeune des impressionnistes et le caricaturiste le plus célèbre de la Belle Epoque. Il a composé plusieurs tableaux de la vie parisienne, notamment ce « Libertinage » dont les couleurs sombres et l’atmosphère menaçante font davantage penser à de la violence conjugale qu’à de la séduction (ce qui était probablement son but). Cette huile sur toile a été vendue aux enchères par Christie’s et fait actuellement partie d’une collection privée, mais plusieurs de ses toiles sont exposées dans les plus grands musées à travers le monde.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
En une rare journée lumineuse de juillet 1914, Palmyre Cresson rend visite à sa fille Régina Decoupigny, repasseuse. Leurs maris sont ouvriers mineurs et la sécurité des galeries a été renforcée depuis le dernier coup de grisou. L’été s’annonce donc tranquille et insouciant dans le Pas-de-Calais. Mais dans quelques jours commencera une terrible guerre dont aucune famille ne sortira indemne…
Elles vont devoir fuir leur maison pour se réfugier plus au sud. Le fils de Régina, Raymond, s’engagera volontairement à ses 18 ans en 1915. J’ai évoqué une partie de ses exploits dans les tranchées en faisant la biographie de son grand-oncle sur mon site (lien en bio)
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Albert Edelfelt (1854 – 1905) est un artiste finlandais connu entre autres pour ses portraits et ses scènes de vie paisibles et lumineuses, comme ces « Les Lavandières » peintes en 1893. Il a vécu dans plusieurs pays d’Europe et après avoir étudié à Paris, il devint membre de l’Académie des Art de Saint Pétersbourg. Cette huile sur toile y est actuellement exposée, parmi les 3 millions d’œuvres d’art du #hermitage_museum.
Fun fact : il était très copain avec Louis Pasteur, dont il a réalisé plusieurs portraits
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Lors de la nuit de Noël 1905, Françoise Adelina Coliquet, veuve hémiplégique de 70 ans, berce sa petite fille de 3 ans, Suzanne Aimée Desroy, dont la mère Marie Hélène vient de partir pour fêter Noël avec des amis. Sur la table se trouve une massive lampe à pétrole.
Plus tard dans la nuit, ayant du mal à se mouvoir, Françoise heurtera la lampe qui ira se briser sur le plancher, répandant le pétrole qui s’enflammera aussitôt. Elles vont toutes les deux brûler vives…
Techniquement, je n’ai trouvé aucun lien de parenté entre Françoise Adelina et la petite Suzanne. Le Petit Parisien du 26 décembre 1905 les présente comme grand-mère et petite fille, mais Marie Hélène Desroy n’est pas la fille de Françoise, et elle n’est pas non plus mariée : Suzanne est une enfant naturelle. Et il est probable que leur appartement de 2 pièces au loyer annuel de 270 francs ait eu un mobilier bien plus modeste.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Sigurd Wandel (1875-1947) était un artiste danois qui s’est spécialisé dans les ambiances paisibles d’intérieurs familiaux, à coups de pinceau expressifs et jeux d’ombres délicats. Cette huile sur toile se nomme simplement « Intérieur du soir, mère et enfant » (même si j’ai choisi d’illustrer une grand-mère et sa petite fille) et fut acquis dès 1907 par la Galerie Nationale du Danemark. Fun fact : En 1920, Sigurd fut choisi pour occuper le poste de professeur à l’Académie royale danoise, mais cela provoqua une grève des étudiants qui le jugeaient trop traditionnel !
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? D’autres horribles histoires de Noël ?
En 1910, Armand Eugène Duvernet, 37 ans, travaille dans son champ avec son cousin éloigné François Guignot, 66 ans, dans le village bourguignon dont ils sont issus depuis plusieurs générations.
Armand Eugène vient d’épouser Léonie Lauvergnier (qui est également sa cousine…), qui était la domestique de François et de sa mère Marguerite (doyenne du village décédée à 96 ans juste avant leur mariage.)
Léonie, François et Armand Eugène gèrent maintenant tous les trois cette propriété familiale et ses champs de blé, luzerne et pomme de terre (j’ai pu vérifier les types de culture qu’ils faisaient pousser !)
En vraiii… Sir George Clausen (1852-1944) était un artiste britannique travaillant principalement à l’huile et à l’aquarelle. Il a composé beaucoup de paysages et de scènes de la vie paysanne, influencé dans une certaine mesure par les impressionnistes avec lesquels il partageait l’idée que la lumière est le véritable sujet de l’art du paysage. Ici « The Boy and the Man » sont dans l’ombre légère d’un nuage tandis que l’arrière-plan champêtre est ensoleillé d’une douce lumière d’après-midi. Cette huile sur toile mesure près de 2m de haut sur 1,60m de large et a été directement achetée au peintre quelques mois après sa création par la Cartwright Hall Art Gallery en 1909.
C’était les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Quel pourcentage de votre arbre cultivait des champs ?
Par une nuit glaciale de janvier 1820, Jean André Chardon et Marie Agnès Soulier ont tendrement bordés leurs enfants avant de déposer une bouillotte en terre remplie de braise à leurs pieds. Hélas, durant la nuit, ce vase mis le feu au plancher et l’épaisse fumée étouffa les trois petits dans leur sommeil. Leurs parents ne les découvrirent qu’au petit matin….
Sous les tours de la forteresse de Polignac, Marie Agnès, tétanisée, contemple la progression de l’incendie, s’agrippant au corps sans vie de son fils aîné, tandis que son mari est à genoux, accablé de désespoir.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Joseph Wright de Derby, 1734–1797 est un peintre britannique qui n’a apparemment jamais mis les pieds en Haute-Loire, mais qui avait une certaine affection pour les vastes paysages romanesques, à base de pleine lune et de ruine romantique, qui n’ont rien à envier à l’Auvergne.
Il a peint beaucoup de portraits puis s’est diversifié avec notamment des scènes de genre illustrant les débuts de la science industrielle, au clair-obscur reconnaissable et à la lumière uniquement issue de sources désignées (ici la lune et les flammes).
Il existe au moins huit versions de ce paysage, avec les ruines, la végétation, l’incendie, et quelques silhouettes humaines, et celle-ci est conservé au Yale Center of British Art. Fun fact : Les rayons X ont permis de découvrir que cette huile sur toile avait été peint par-dessus le portrait vertical d’une dame en robe d’apparat !
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Août 1914, François Perche vient de recevoir son ordre de Mobilisation Générale. Armé de son équipement réglementaire, il salue une dernière fois ses parents et sa jeune épouse avant d’embarquer pour le front. Il va être capturé un mois plus tard et finira ses jours dans un camp de prisonnier allemand, sans jamais revoir sa famille et sa fille Antoinette.
Après la guerre, Eugénie se remariera avec un homme veuf lui aussi
Quant à ses beaux-parents, ils vont resserrer les liens familiaux et habiter jusqu’à la fin de leur vie chez leur fils cadet, Jean Baptiste
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… « On ne s’en fait pas » est une lithographie sur vélin de Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923). C’est aussi lui qui a composé la célèbre affiche du Chat Noir, symbole de Montmartre de la Belle-Époque, comptant parmi ses amis Henri de Toulouse-Lautrec, Emile Zola ou encore Vincent Van Gogh ! Peintre, graveur, illustrateur, affichiste, sculpteur, caricaturiste, humaniste engagé, il part dès 1914 dessiner les soldats dans les tranchées pour la presse nationale, à coup de fusain sensible et pudique. L’œuvre est actuellement exposée au Musée Hôtel Le Vergeur à Reims
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui est mort pendant la Grande Guerre ?
François Gaudot et Jean Curot sont issus du même village bourguignon et sont nés à quelques mois d’intervalle. Ils étaient simples soldats mais on peut imaginer que Jean a récupéré des parties d’uniforme plus chauds sur un cadavre, et qu’il a retrouvé son camarade par hasard, si loin de chez eux. Tous les deux ont subi la conscription par tirage au sort l’année de leurs 20 ans et furent embarqués par Napoléon pour sa Campagne de Russie en 1812.
Ce fut une catastrophe ; les jeunes soldats tout frais n’étant absolument pas préparés à l’hiver russe.
On dénombre environ 200 000 morts (au combat, de froid, de faim ou de maladie), et 50 000 disparus, surtout pendant la débâcle, tels François et Jean. Les registres matricules de cette époque répètent une longue liste de « resté en arrière », dont on retrouva rarement les corps.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Parmi les nombreuses productions picturales représentant les guerres napoléoniennes, Joseph-Ferdinand Boissard de Boisdenier (1813-1866) se concentre sur un élément pour suggérer l’ensemble. Toute l’horreur de la guerre est perceptible dans les visages, ceux de deux soldats – un dragon de la garde impériale et un hussard – qui sont abandonnés par le reste de l’armée qui continue sa marche au loin. Ils sont seuls, la neige s’immisce dans leurs habits et malgré la différence de rang, ils restent humains et solidaires pendant que la mort les refroidi lentement. Cet « Épisode de la retraite de Moscou » est une huile sur toile gigantesque de 1,60m sur 2,25m qui reçut un immense succès dès sa première exposition en 1835. L’œuvre est actuellement visible au Musée des Beaux-Arts de Rouen dont sont issues ces explications.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? Qui a fait les Campagnes avec Napoléon ?
Jules Jean Baptiste, 10 ans, lace ses patins et s’apprête à s’élancer sur l’eau gelée du réservoir de la fosse n° 2 de Mazingarbe. Il porte sa blouse d’écolier et est accompagné de deux de ses sœurs, Claire, 12 ans, et Fidéline Augustine, 5 ans. Ils jouaient joyeusement avec d’autres enfants quand tout à coup, la glace se brisa sous le poids de Jules. Affolés, les autres enfants partirent immédiatement prévenir les parents Ce n’est qu’après deux heures d’efforts que le petit corps put être totalement dégagé, sans aucun souffle de vie.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… James Crowfort Thom (1835-1898) a peint cette huile sur bois au XIXe siècle. États-Unien d’origine écossaise, il voyagea en Europe et exposa à la Royal Academy, à Londres et à Suffolk Street, puis à la National Academy de New-York et à Boston. Il traite à plusieurs reprises le thème de l’enfance qu’il aborde de manière réaliste en choisissant des scènes populaires. Le décor de la neige est souvent un motif lié à la jeunesse qui symbolise le jeu et le rire mais qui peut parfois aussi évoquer le froid et la misère (ce qui rend ces « Enfants dans un bois » parfaitement adapté pour illustrer un accident mortel dans le bassin minier)
L’œuvre est actuellement exposée au Musée des Beaux-Arts de Reims que je remercie pour ces explications.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
En 1802 naît une petite fille naturelle prénommée Anne. Le lendemain, elle meurt, comme souvent les bébés à cette époque. Cependant, le maire et l’officier de santé soupçonnent une mort criminelle, d’autant plus que la mère de l’enfant, Marguerite Royer n’est pas mariée. Elle sera emprisonnée à Dijon avec sa famille et un attendant un lourd procès. Cinq ans plus tard, elle se mariera dans une autre ville, mais sa mère Jeanne Chevrey est décrite comme « morte civilement » sur l’acte de mariage, ce qui sous-entend qu’elle est restée un certain temps en prison. Elle vivra ensuite jusqu’à sa mort avec son mari, chez sa fille et son gendre (qui vont perdre un autre bébé en 1811)
Mais la petite Anne a-t-elle vraiment été étouffée ? La mère s’est-elle accusée pour sauver sa fille infanticide ?
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… L’image est une illustration du roman Adam Bede, de George Eliot, publié en 1859. Dans cette histoire (que je n’ai pas encore lue mais je vais y remédier ) Hetty Sorrel est condamnée à mort pour… infanticide. Elle est réconfortée en prison par sa cousine, la prédicatrice méthodiste Dinah Morris. (Spoiler : sa peine sera commuée en déportation après intervention du père de l’enfant et elle finira par décéder « au-delà des mers » …)
La gravure sur bois en noir et blanc de Peter Reddick (1924-2010) a été incluse au XXe siècle, le roman ayant été réédité plusieurs fois
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres, d’autres infanticides ?
Au printemps 1816, Marie Hélène Masson, veuve âgée de 60 ans, a demandé à son voisin Bernard Bourgeot, couvreur de 34 ans, de nettoyer les cheminées de sa maison. Il a commencé le travail mais est ensuite tombé malade et n’en a finalement ramoné qu’une seule. Un mois plus tard, la cheminée de la cuisine commença à prendre feu : la cloche sonna l’alerte et tout le village accourru pour éviter la propagation du feu. Dominique Cavanna, 43 ans, fut parmi les premiers sur place et ne négligea pas sa peine pour éteindre l’incendie qui ne dura en fait qu’une demi-heure.
Toute cette histoire sera racontée dans le procès que subira Marie Hélène Masson, condamnée à verser une amende de 3 francs à la commune bourguignonne d’Arc sur Tille (Un toit de chaume qui brûle peut anéantir un village entier !)
Petit détail : c’est la mère de l’amiral Roussin, futur baron et ministre multi récompensé !
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Les œuvres de Robert van den Hoecke (1622-1668), peintre et graveur flamand, sont caractérisées par la disposition de personnages minutieusement décrits sur des plans étagés qui précèdent des arrière-plans travaillés qui ouvrent sur de larges horizons. Les tracés sont précis, la touche reste légère et le coloris est limité à la gamme des bruns et des verts. Les tableaux parfaitement circulaires sont plutôt rares, et cet « Incendie au village » est travaillé à la plume et l’encre diluée en un lavis dans les camaïeux de terreux et de gris, sur un petit format de 12cm de côté Il est actuellement conservé au Musée du Louvre, visible sur rendez-vous en salle de consultation des Arts graphiques
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? D’autres incendiaires accidentels ?
Adélaïde Eugénie, 5 ans, vient de s’étouffer en avalant un haricot. Le docteur Riffé est appelé en urgence dans la ferme familiale. Il fera d’abord ingurgiter un vomitif à l’enfant mais en vain, il va alors se résoudre à pratiquer une trachéotomie. En 1899, Adélaïde avait peu de chances de survie, et va décéder pendant l’opération…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… « The Doctor » est un tableau de Luke Fildes (1843-1927), peintre victorien qui croit au pouvoir des images pour influencer l’opinion publique sur des sujets tels que la pauvreté et l’injustice, à l’instar de Charles Dickens dont il illustrera un roman. L’œuvre met en évidence les limites de la médecine, avec un praticien inquiet mais compatissant et l’enfant malade, les parents impuissants restant dans l’ombre.
Le tableau fut commandé par Henry Tate en 1890 comme une œuvre de réalisme social destinée à être exposée à la Tate Gallery de Londres. Luke Fildes construisit une maquette de cottage afin de reproduire fidèlement les détails de la charpente, de la nappe et de l’éclairage pour donner à la pièce son aspect modeste et multifonctionnel typique de l’époque victorienne.
Le tableau est devenu célèbre : en Grande-Bretagne, il servit d’emblème pour célébrer le National Health Service et fut utilisé pour des timbres, des tracts, et détourné sous des formes parodiques et publicitaires (merci à wikipédia et ses sources pour ces informations)
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ? D’autres décès à base de haricot ?
François Bordot, cordonnier à la fenêtre de son échoppe, fabrique des souliers pour son voisin Pierre Bourgeot, peut-être pour son mariage, dont il sera témoin ? Lui-même va également se marier quelques semaines plus tard, avec la cousine de Pierre. La vie est encore tranquille dans le petit village d’Arc-sur-Tille à la toute fin de l’Ancien Régime mais plus pour longtemps : ils vont bientôt découvrir le calendrier révolutionnaire, la fin de la monarchie et le concept de maire…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Cette huile sur toile a été peinte au XVIIIe, par un ou une artiste anonyme. Le style rappelle les peintures de genre flamandes et hollandaises, remarquable par la trogne des deux personnages, même si leur âge d’or date d’un siècle plus tôt. L’œuvre fait partie d’un catalogue d’antiquaire et est actuellement à vendre !
Et vos ancêtres, que faisaient-ils sous l’Ancien Régime ?
Thérèse Sophie Viseux donne tendrement à manger à sa petite fille Clémence Joseph Lherbier, près de chez qui elle habite à Ablain-Saint-Nazaire. Nous sommes en 1862 et elle est veuve depuis longtemps. Ses mains ridées racontent toute une vie de labeur, et ses sabots la préparent à repartir dans les champs dès la fin du repas de l’enfant. Malheureusement, celle-ci n’atteindra pas les 10 ans…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Édouard-Jérôme Paupion (1854-1912) a peint « Grand-Mère » en 1885, et est connu pour chercher à représenter le réalisme. Ses toiles dépeignent une société sans artifice, en restituant ici les traits usés par le temps de la grand-mère, les textures des vêtements, et la simplicité de l’intérieur paysan. Le décor modeste, composé d’un banc de bois, d’une vaisselle rudimentaire et d’un sol en terre battue, souligne l’authenticité du quotidien paysan. Le tableau est actuellement mis à l’honneur au Musée des Beaux-Arts de Beaune, que je remercie pour l’analyse en profondeur de cette œuvre !
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Pour la première fois, j’ai réussi à obtenir une photo réelle des personnes, après leur avoir choisi un portrait ! Merci à Gilbert L, petit-neveu d’Alexandrine Marie et Marcel ! (qui finalement est moins grand que ce que j’imaginais)
Alexandrine Marie Lauvergnier vient d’épouser Marcel Dunand, comme l’atteste l’alliance à son doigt. Elle porte un panier lourdement chargé de volailles, et travaillera aux côtés de son mari dans la charcuterie qu’ils géreront ensemble. Nous sommes aux Halles de Dijon en 1920 et elle attend avec lassitude son jeune époux absorbé par les étals. De l’autre côté se trouve sa cousine Marthe, qui a grandi dans le même quartier qu’elle.
Alexandrine Marie est la sœur de Félix Denis Lauvergnier, syndicaliste et très chouette personne, qui deviendra accidentellement borgne durant son service militaire et va protester tellement fort contre l’absence de pension que son cas arrivera à l’Assemblée Nationale
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Victor Gabriel Gilbert (1847-1933) a composé cette huile sur toile à la fin du XIXe siècle, qui représente les Halles de Paris. Il a beaucoup peint des classes populaires urbaines de la Belle Époque, notamment des scènes de marché ou de commerce richement détaillés, comme on peut le voir ici avec la texture parfaitement rendue des cadavres animaux suspendus… Après avoir voyagé en Russie et au Japon, le tableau est actuellement exposé à la galerie des Beaux-Arts de Bordeaux.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
L’atelier de menuiserie de Barthélémy Greusset, 56 ans, est en train de partir en fumée, en cette fin janvier 1839. Son épouse Jeanne, 48 ans, et ses enfants Marguerite, 10 ans, et Martin Geneviève, 17 ans, font une chaîne avec l’eau de la Tille pour éteindre l’incendie qui heureusement ne se propagera pas. Cependant, un de ses fils est pompier et sera grièvement blessé. Tout le village d’Arc-sur-Tille a été d’un grand secours et une annonce est parue quelques jours plus tard pour inviter à déposer des offrandes pour la famille sinistrée.
Barthélémy meurt 2 ans plus tard, et je pense qu’il s’est suicidé. La vente précipitée de tous les biens de la famille quelques jours après sa mort me fait penser à un endettement profond. Ce ne sont que des suppositions, mais tout cela est vérifiable avec un petit tour aux archives.
Les costumes sont historiquement plausibles, même si les collants ne sont vraiment plus à la mode (les paysans fashions portent le pantalon)
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… « Cottage on fire » est une gravure à l’eau-forte réalisé en 1799 d’après un dessin de Mrs Yates. On ne connaît pas grand-chose à son sujet, comme pour beaucoup de femme dans l’histoire de l’art. C’est Charles Turner (1774-1857) qui en est le graveur (aucun rapport familial avec William Turner, mais ils étaient copains dans la vie)
L’aquatinte, ou gravure à eau-forte, consiste à saupoudrer une plaque de métal d’une couche de poudre de résine protectrice. La plaque est alors chauffée avant d’être plongée dans un bassin d’acide. L’utilisation de fines particules de résine permet d’obtenir une surface composée de points plutôt que de traits par lesquels on obtient différentes tonalités de couleur. Cette technique est notamment utilisée pour créer des aplats de couleur, bien visibles sur cette œuvre.
L’estampe est actuellement exposée à la National Gallery of Art de Washington.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Devant les terrils du bassin minier, Hubert Pierre Philippe Lherbier et son frère Alfred Nicolas quittent le village d’ Angres d’un pas assez peu joyeux. Le ciel est crasseux par-dessus les tuiles rouges et les cheminées industrielles. Nous sommes à la fin des années 1890 et Hubert a perdu plusieurs enfants en bas âge, chaque fois soutenu par Alfred qui est allé déclarer les décès.
En vraiiiii…
Robert Louis Antral (1895-1939) fut un peintre, lithographe et graveur français qui, entre divers paysages et portraits, a aussi illustré plusieurs romans !
Il a peint ces « Mineurs à Lens » en 1920, et la toile est actuellement exposée au Musée des Beaux-Arts et archéologie de Châlons-en-Champagne. D’autres de ses tableaux sont exposés un peu partout dans le monde, reconnaissables aux visages taillés à grand aplats de couleur et lignes géométriques influencés par le cubisme.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
A la fin de l’été 1895, Marguerite Juliette, 5 ans, vient d’apporter un panier repas à ses sœurs Marie Alix, 10 ans, Elvina, 17 ans, Lucie, 20 ans, et Anne, 25 ans, qui participent aux vendanges dans les vignes de leur père Pierre Changarnier, à Cirey-les-Nolay.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Pierre Auguste Renoir (1841-1919) a peint « Le repas des Vendangeuses » vers 1888. Le tableau est une merveille de sa période impressionniste : Les couleurs contrastent joyeusement, les contours s’estompent en un flou délicat, les lignes arrondies invitent au repos et les collines sont multicolores et éclaboussées de soleil. Le tableau a voyagé entre plusieurs musées états-uniens et est régulièrement prêté pour des expositions temporaires.
Cependant, ce style pictural ne fait pas l’unanimité et en 2015, une campagne nommée #RenoirSucksAtPainting a pris tant d’ampleur que des manifestations ont été organisées contre lui devant des musées de Boston, Chicago ou New York ! Mais ce dégoût n’a rien de récent : dès 1874, Albert Wolff, critique d’art au Figaro écrit : « Essayez donc d’expliquer à Monsieur Renoir que le torse d’une femme n’est pas un amas de chair en décomposition, tacheté de vert et de violet, signe de putréfaction totale ! »
Grand merci à #hammer_museum pour toutes ces informations !
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Ce jeune homme qui vient d’expirer pourrait être Fidèle Augustin Joseph Lherbier, seulement 28 ans mais usé par une longue et douloureuse maladie durant ce printemps 1864. Son père François Joseph Lherbier, 60 ans s’est effondré en larmes dans un coin de la pièce. Sa mère Marianne Augustine Devillers, 59 ans, prie de toutes ses ultimes forces, cherchant du réconfort dans la Bible. Le lendemain, dès l’entrée du cercueil dans l’église d’Ablain Saint Nazaire, elle s’évanouira d’une crise de nerf si violente qu’elle en rejoindra son fils dans la mort…
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Otto Heichert (1868-1946) a grandi dans un monastère allemand, entouré par la pauvreté et la religion qui marqueront distinctement sa vie et son œuvre. Ici, c’est le corps décharné et les yeux vides du jeune homme qui attirent l’œil par leurs couleurs claires et froides. La lampe est pourtant située du côté du père anéanti par le chagrin, mais il reste dans l’ombre, alors que la Bible est au centre du tableau. Le cadavre est illuminé par une lumière divine de l’au-delà, qui englobe la mère croyante et invite à l’espoir de la résurrection. L’œuvre s’intitule « La Mort approchant » et est exposée au Museum Royal d’Anvers.
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
En 1781, la colère gronde devant les privilèges de la noblesse et du clergé. Dans la sacristie d’Arc-sur-Tille étaient entreposés de vieux parchemins presque illisibles qui garantissaient les droits du peuple face au marquis local. C’est Germain Thibaut, 60 ans, recteur d’école puis greffier de justice, qui sera chargé de les déchiffrer Son fils François, 19 ans, va ensuite les transcrire sur un registre spécial. Jean Lerouge, 80 ans, est notaire royal, comme son père et son grand-père avant lui. Il fut juge des terres et lieutenant de justice et c’est un personnage si important que lors de son enterrement, une dizaine de curés du coin délaisseront leurs paroisses pour lui rendre un dernier hommage, assistés de beaucoup de collègues notaires.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… C’est une petite toile d’environ 15×20 cm qui va de pair avec une autre qui représente un marchand d’antiquité du XVIIIe siècle et son client en perruque poudrée. Elles ont été conçues pour être encadrées dans l’intimité d’un cabinet et non exposées dans de vastes salons. François Adolphe Grison (1845-1914) a commencé avec des natures mortes, des paysages et des portraits, puis a précisé son art dans la peinture de genre du XVIIe et XVIIIe siècle (qu’il n’a pas du tout connu donc) Les deux tableaux s’appelleraient « les Connaisseurs d’Antiquités» et n’ont rien à voir avec la Révolution Française, même si je préfère ma version !
C’étaient les ancêtres de quelqu’un. Et les vôtres, où étaient-ils pendant l’Ancien Régime ?
Pierre Lajus-Débat revient des tranchées. En tant que militaire de carrière et Chasseur à cheval, il ne rentre pas avant 1919, pour découvrir que son épouse Léonie Conseil a eu un enfant conçu alors qu’il était sur le front. Il demande immédiatement le divorce et entame une procédure de délégitimation pour déshériter la petite Simone, 3 ans. Il continuera aussitôt sa carrière de soldat dans les pays Rhénans et se retirera dans la Meuse, répudiant irrémédiablement son épouse.
Léonie vivait alors à Charleville-Mézières, désignée comme capitale du Reich et occupée dès novembre 1914 par l’Etat-Major allemand et tout le personnel militaire qui en découle. D’après la légende familiale répétée aux générations suivantes, le mystérieux soldat allemand était gentil avec Léonie et leur apportait de la nourriture. Mais une relation peut-elle être pleinement consentie entre l’Occupant et une civile envahie ?
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… le tableau raconte la même histoire, sous un point de vue bien différent. L’épouse porte du blanc, elle n’a pas trompé. Elle a été attaquée dans sa chair, et son mari souffre pour elle. Il est en colère, mais pas contre elle. Il veut savoir qui lui a fait du mal pendant qu’il combattait.
Le tableau s’appelle « Qui ? » et a été peint par le Russe Nikolaï Kasatkin (1859-1930) en 1897. Il est considéré comme l’un des fondateurs du réalisme social en Russie et peint la vie prolétaire de façon simple et brute, à coups de pinceau brefs et contrastés. L’œuvre est actuellement exposée à la galerie Tretiakov à Moscou
C’est @arts.expliques qui m’a fait découvrir ce tableau, qui s’appliquait parfaitement à la situation de ces ancêtres. Merci pour cette brillante analyse artistique !
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Cette peinture représente Agathe Perrin, près de la cheminée, subitement veuve à 71 ans. Elle regarde ses filles et son petit-fils d’un air songeur. Joséphine, 34 ans, est en train de coudre une somptueuse robe de bal pendant que sa sœur Catherine, 33 ans réconforte son cadet Auguste Joseph, 8 ans (qui ne grandira pas plus : il mesure 1.52m à l’âge adulte) Ils portent tous le deuil de leur mari, père et grand-père décédé quelques semaines plus tôt, en 1890. L’inquiétude dans le regard d’Agathe Perrin et le fait que Joséphine doive travailler indique la précarité de sa situation, malgré l’opulence de la pièce. En effet, elle va devoir habiter chez l’un de ses fils jusqu’à son décès 8 ans plus tard.
𝙀𝙣 𝙫𝙧𝙖𝙞𝙞𝙞𝙞𝙞… Le tableau s’intitule « Les Suites de la Guerre », et fait référence à la débâcle de 1870 contre la Prusse, comme le suggère le sabre de combattant français sous le portrait encadré de noir. L’absurdité de cette guerre est visible dans le tableau par le contraste entre cette somptueuse robe de bal rose, et le deuil des dames pour qui les batailles ne sont pas une question d’honneur ou d’égo mais juste de souffrance et de mort.
Jules Hippolyte Ravel (1826-1898) a essentiellement peint des portraits avant de se tourner vers les scènes de genre et les peintures historiques. Ici, il mêle les deux avec un coup de pinceau précis et un style reconnaissable dans l’attention donnée aux textures (par exemple la délicatesse du voile de la robe rose)
Ce tableau a été peint en 1872, et après être apparu dans des Salons, il fait maintenant partie d’une collection privée
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
Ce tableau représente Timothée Joseph Lherbier, 49 ans et ses fils Joseph Polycarpe, 26 ans et Pierre François, 21 ans (qui ont bien pris les traits génétiques de leur papa).
Timothée est aussi le père nourricier de Louis Chezeau, enfant trouvé des Hospices de Paris et envoyé en nourrice en province, comme beaucoup d’autres orphelins.
Nous sommes en 1872, peu avant le décès de papa Timothée.
Ils s’apprêtent à descendre dans la fosse n°2 de Liévin, avec tout l’attirail nécessaire : lampes de mineur, ceinture de cuir pour retenir le pantalon de grosse toile, barrette de mineur en cuir bouilli (ancêtre du casque) et la rivelaine, un pic à deux pointes que l’on devine dans les mains de Joseph Polycarpe.
J’ai raconté toute leur vie ici.
En vraiii…
Le tableau fait partie d’une collection privée et s’intitulerait « Mineurs », en toute simplicité.
L’artiste se nomme Alexandre-Louis Martin, peintre et pastelliste belge qui a surtout fait des portraits. Son propre père était Gueule Noire, et les peintures autour de l’univers de la mine font partie de ses thèmes de prédilection, à l’instar de Constantin Meunier ou Lucien Jonas. Un musée lui est consacré à Carnières, en Belgique.
Il n’a pas du tout été peint en 1872, (probablement parce que le peintre n’était pas encore né) mais date de la 1e moitié du XXe siècle, et est inspiré par ses voisins de corons, ouvriers prolétaires comme sa famille.
L’œuvre est de composition classique, avec de belles lignes verticales interrompues par un relief montagneux qui n’existe pas dans le bassin minier mais qui peut évoquer les terrils. Les mineurs ont le teint inhabituellement sain et coloré sur ce tableau, avec un très beau contraste chromatique qui ajoute de la profondeur au camaïeu de bleu, mais qui n’est pas vraiment historique : les mineurs voyaient rarement la lumière du jour et étaient plutôt blafards et carencés (la vitamine D c’est important).
C’étaient les ancêtres de quelqu’un, et les vôtres ?
































































































































































